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mercredi 2 juin 2021

Entre la vie et la mort

Vers la fin du jour, je suis appuyée contre mon balcon comme d'habitude, installée sur un coin confortable, au lieu de mon rendez-vous avec le vent, pour lui arracher une brisette à son passage, quand se débobinne le rouleau de bourrasque des soirées fraîches au décours du troisième mois.  Quelqu'un m'a dit un jour que je ressemblais à un guetteur, une espèce de chasseur, de pêcheur parti à la pêche à l'hameçon, parqué en embuscade derrière un mur de fortune... Eh bien! En voilà des imaginations débridées! J'affectionne toute de même toutes ce petites allusions pittoresques, mais leur tendre affection ne suffit pas à apaiser mon esprit inquiet et insomniaque. 

Sur ces entrefaites, la nuit était tombée, révélant les luminaires étincelants qui ont tôt fait d'éclabousser le firmament d'un semis de lumière étincelante venue poindre comme de petites bougies allumées par-dessus nos têtes, bien loin de soupçonner toutes les intringues qui se disputent nos âmes dans les mondes, ici comme là-bas. Hypnotisée par ces flammes chargées de millénaires sans se consumer, je me questionne sans aboutir jamais, sur quel parti est vraiment le meilleur: endurer patiemment la misère de ce côté du monde, matériel et fini, ou bien séjourner de l'autre côté, éternel, insondable, mystérieux et profond comme une tache d'encre noire indélébile qui opaficie une page blanche...

Si naguère je croyais à l'illusion séduisante de belles vacances sur une autre terre, je sais désormais qu'un mauvais sort me colle à la peau. Mais entre cela et un temps incommensurable dans le Séjour des Morts, (à faire un je-ne-sais-quoi mystérieux qui me me fait frissonner), en passant par cette fournaise torride qui me soustrait la vie par des stratagèmes renouvelés à l'infini, si l'on m'avait demandé mon avis, je pense que j'aurais choisi de ne pas jouer à ce jeu dangereux, cette borlette truquée, piégée de toutes parts, où absolument tout est possible...


Le 22e jour du 3eme mois de la deuxième année

mercredi 14 avril 2021

Je lève les yeux vers ta montagne...

Toutes les fois que je suis contrainte par les forces insensibles qui sous-tendent le chaos en cette terre, de trouver mon chemin dans le dédale programmé pour le pilotage automatique de ce pays, je pousse des soupirs aussi lourds que le shéol saturé d'âmes plaintives, et je pense avec une désolation profonde comme les abysses mystérieuses,... que tu es loin, Sion...

Quand je me couche le soir, abêtie sous le poids accablant du quotidien insatiable de sang,  je scrute la lune par un regard prostré pour évaluer, l'esprit embrouillé et le coeur amer, la distance de la mer, geôlier de mon exil, à la poussière envahissante qui ensevelit les ruines de ta gloire, Sion.

Depuis ces milles milliers d'éclats de rêves éparpillés, autant d'échardes affûtées à mes pieds qui me gardent le coeur tourmenté sous l'oeil impitoyable du soleil d'Egypte, jusques à l'ombre inquiétante de la nuit s'établissant comme des rideaux d'épaisses ténèbres qui nous tiennent toujours plus à distance de nos objectifs, mon âme languit, Sion, et mon esprit retourne gémir comme un loup à l’agonie, sur les pas perdus de nos ancêtres, enfouis sous les âges des déserts sablonneux, vers les chemins de ton Sanctuaire à Salem.

Quand je sursaute en plein matin, trempée de sueur comme une pelouse baignée de rosée, au bout de mes périples nocturnes palpitants, et que l’emprise de la nuit cède enfin aux tranchants des rayons de lumière, je me désole de me réveiller des songes délicieux où j’embrassais ta terre, Sion. 

Quand forcée d’affronter le monde où notre existence doit persister pour le temps fixé, je tombe à genoux sous la douleur des gifles de ceux qui te haïssent, je hèle à sa miséricorde, et je crie mon amertume, et je demande à mon Seigneur « Jusques à quand?! », Sion...


Le 1er du 2e mois de la deuxième année

dimanche 21 mars 2021

A quand l’exode?

Des corymbes de fleurs jaunes d’un éclat de soleil éparpillées par le vent en pirouettes joyeuses comme les ébats des enfants innocents des années d’antan... Les pétales fins de bougainvilliers blancs, amassés en lourdes jetées de bouquets denses ... Denses comme le fourrage vanillé d’une douceur en sucre de la Fête des Prémices au printemps, blancs comme un gâteau majestueux qui trône sur un meuble à pied, au centre d’un banquet de noces...

J’aimerais me réveiller à ce spectacle devant ma porte tous les matins, dans le frais devant-jour ponctué de cocoricos tout à propos, résonnant de loin et se répondant de près, avec la certitude des jours heureux... Dans un chez-moi fait de briques rouges et sûres, en humant avec bonheur la senteur forestière et exaltante du bois de pin qui crépite en se consumant dans l’âtre d’un foyer doux et tiède, quiet et serein comme le café noir coulé dans la grêpe de mes valeureux grands-parents. 

Je compte pourtant les jours un à un avec un chagrin inavoué, en scrutant tous les soirs les degrés de la lune, si bien que je sais désormais y lire la fin de chaque semaine... Et je me demande si au moins mes cheveux blancs verront la promesse faite à nos pères... Aurons-nous le bonheur immense, inouï, de regagner, ma mère et moi, la terre de nos ancêtres, où coulent le lait et le miel?

Comme un passager à l’aéroport s’occupe à quelques activités mais n’attend plus que son vol dans la salle d’embarquement, mes valises sont toutes prêtes, et je n’attends plus que le signal du départ.



Le 7 Abib de la deuxième année

lundi 15 février 2021

Perdue et retrouvée !

Envie de partir loin d'ici..., quelque part qui n'existe pas... Quelque part qui ne serait pas d'ici... C'est comme ça que mon esprit plein de malice joue des tours espiègles à mon âme fatiguée...

Zapper et toujours zapper le calendrier comme une folle ivre et sourde, plusieurs fois par jour, au décours d'une frénésie électrisante , et du bout de doigts nerveux avec des yeux inquiets, questionnant le point de l'horizon impassible :  une nuit et un jour, une nuit et un jour, une nuit et un jour, encore, toujours, inexorable ! 

Quel est ce jour précis ?  Ce jour oublié qui me tourmente l'esprit ?  Un jour dont j'aurais perdu le fil, et qui me hante, enfoui sous le sable poussiéreux de ces déserts où mes ancêtres ont usé leurs sandales en quête du bonheur ! 

Tourner en rond, ça me connaît !  Errer çà et là, le regard vitreux, cassé, à travers des lorgnons ajustés à revers par un inconnu masqué, un inconnu qui me connaît bien, mais que je ne saurais identifier sous son déguisement séduisant. Tous sont déguisés, et le bal masqué bat son plein !  Et moi donc ?  Le visage que me renvoie le miroir, est-ce un déguisement ?  Et ce miroir, est-ce un bon miroir d’abord?  Et puis, ... qui suis-je donc ? Une question qui se défait de sa valeur à mesure que l'on s'enlise et se perd sous l'effet de ce gaz anesthésiant, et la notion du temps nous échappe comme un fil se débobinne au gré de l'humeur des vents, et comme un "joker" pirouette et voltige une danse de la victoire ponctuée de son rire moqueur et strident, perçant et aussi mortifiant qu'une défaite amère.

***

Un jour subit pourtant, que j'avais arrêté de chercher ce qui troublait mon esprit, j'entends une trompette qui résonne, et je comprends désormais un langage que je ne connaissais pas. Et soudain, la boussole cassée qui se transmet depuis des siècles entre mes aïeuls jusqu'à moi-même, recentre à nouveau la direction de Jérusalem!

Entre la vie et la mort

Vers la fin du jour, je suis appuyée contre mon balcon comme d'habitude, installée sur un coin confortable, au lieu de mon rendez-vous a...